Relayer la parole des opprimés : oui. Parler à leur place : non !

Car prendre la parole pour défendre les personnes subissant une oppression c’est aussi leur prendre la parole. Ce titre à au moins l’avantage d’être clair. Pour la poésie par contre on repassera. Un système de domination fonctionne de plusieurs façon et à différents niveaux de prise de conscience allant du plus explicite au moins explicite. L’un deux, l’un des plus subtiles et implicites concerne la production même de la parole. Ainsi, il arrive que les premiers concernés par une oppressions ne sont pas ceux qui en parle le plus.

Le cas typique etant les fameux colloque sur le racisme où les principaux intervenants sont ceux qui ne la subissent pas. Répétant par le dispositif, et malgré toute la bonne foi des intervenants, un système de domination au niveau de l’accès à la parole publique. On aura beau défendre de tout son coeur et prendre les plus convaincants des arguments servies des plus belles plumes, les mots seuls ne suffisent pas. Les plus beaux mots defendant les opprimés n’ont pas de sens si ils sont contredit dans la pratique.
Même bien intentionnée la personne qui prends la parole d’une autre pour exposer son problème, lui fait subir une violence. La censure commence lorsqu’on ne peut pas parler en son nom propre. Il y a bien des manieres habiles pour justifier cela mais qui sont toutes au finale des positions et des discours de dominants. Le dominant empathique, tel Harry, veut le bien de l’opprimé. Il se croit, d’ailleurs dans son bon droit, et des plus sinceres dans ces mots de libérateurs contredits par ses actes privateurs d’espace de parole.

C’est suite à la lecture d’un article intitulé « Moi ça va » que m’avait notifié @zorakillerqueen sur Twitter que j ai reflechi à ma parole d’homme hetero presque blanc cys genré dans la dénonciations de la violence faites aux femmes, aux homosexuels et aux transgenres. Ce passage précisément :

J’ai vu beaucoup d’hommes qui se posent la question de leur place dans le féminisme. J’en ai même fait partie. On réfléchit à qu’est-ce qu’on fait là, on se plaint que c’est pas facile, on discute de nous, de nous, de nous. On essaye de montrer qu’on est gentil. Et on occupe beaucoup d’espace. Surtout de l’espace de discussion. On devrait peut-être moins se demander quelle est notre place dans un mouvement féministe qui ne nous a pas attendu, et un peu plus quelle est notre place dans le patriarcat. Et la réponse, c’est que nous sommes l’oppresseur.

Ainsi je me suis demandé si avec le queer-est-ce, je n’avais pas parlé à la place des transgenres. S’ il n’aurait pas fallu d’abord partir d’eux c’est à dire les laisser se représenter. Et donc de me contenter de proposer une idée. Il y aurait tellement de raisons pour justifier cette prise de parole. Par exemple de dire qu’il fallait lancer quelque chose de concret sur lequel travailler. Mais une place libre, faut-il absolument la prendre ou au contraire la laisser à quelqu’un d’autre à qui elle serait plus reservé ?

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